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Quels défis à venir pour les futurs experts de l’énergie ?

Secteur en pleine mutation et aux multiples enjeux (géopolitiques, économiques, environnementaux…), l’énergie était au cœur de la conférence des Rendez-vous de la double compétence organisée par Ionis-STM, le mercredi 29 mars 2016. Afin de faire le point sur l’état actuel de ce secteur et sur son potentiel futur, l’école donnait la parole à trois spécialistes.

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De gauche à droite : Christophe Miaux, Pascal Duhoo et Peter Rowan

Christophe Miaux, directeur technique du Centre hydrocarbures non conventionnels (CHNC), était le premier intervenant à prendre la parole. L’occasion pour cet expert des hydrocarbures de rappeler les usages globaux en matière de pétrole, principalement utilisé dans le transport (63 % de la consommation mondiale) et la pétrochimie (16 %), et de gaz, utilisé à la fois dans la génération électrique (40 %), le chauffage (22 %) et la pétrochimie/industrie (34 %). Pour autant, tous les pays ne carburent pas aux mêmes hydrocarbures. Ainsi, quand la production d’énergie primaire mondiale en 2013 fait la part belle aux énergies fossiles (plus de 80 % dont plus de 50 % pour le pétrole et le gaz), celle de la France repose de manière importante également sur le nucléaire (le pétrole et le gaz comptant néanmoins pour 45 %) – un cas unique dans le monde. Enfin, il s’agissait aussi d’en savoir plus sur les hydrocarbures de schiste, ces pétroles et gaz qu’on va chercher dans la roche mère grâce à des forages en coude afin d’exploiter au mieux les gisements. « Avec le schiste, les investissements se font dans le forage et la fracturation hydraulique : il y a peu de coûts de processing. Il faut donc investir en continu pour maintenir la production, sachant que les productions des puits de gaz ou d’huile de schiste déclinent très rapidement les premières années de production. Ce sont des profils à déclin très élevés dès la première année d’exploitation. Les techniques se sont grandement améliorées depuis les dernières années, d’un point de vue économique et environnemental. » Les États-Unis sont toujours très actifs dans ce domaine, avec aujourd’hui quelques 500 rigs de forage en activité malgré les prix bas du pétrole, et plus de 100 000 puits d’hydrocarbures de schiste en production. Les coûts techniques des hydrocarbures de schiste sont importants, mais ils restent néanmoins plus bas que ceux des développements en offshore profond, et ces coûts sont aussi bas que les « prix fiscaux » du pétrole qui équilibraient les budgets des pays de l’OPEP.

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Julien Siri, responsable du développement à Ionis-STM, a animé la table-ronde

Penser les infrastructures comme sources d’énergie
Pascal Duhoo prenait ensuite le relais pour aborder ce qui a poussé le Groupe Colas, « leader mondial de la construction et de l’entretien des infrastructures de transport », a se lancer dans le projet de route solaire Wattway dont il est le directeur. « Depuis 2008, Colas a perdu 40 % de son chiffre d’affaires en France. Il fallait donc chercher à valoriser ces infrastructures conçues pour durer, leur donner une seconde fonction. Un des ingénieurs s’est alors demandé comment utiliser ces routes, majoritairement utilisées seulement 10 % du temps, en les rendant intelligentes. Nous avions déjà une filière, Smac, qui produisait de l’électricité via des membranes d’étanchéité incluant du silicium amorphe. Nous avons voulu transposer cette technologie à la route. Or, il y a six ans, le silicium a connu une crise sans précédent. Nous avons alors décidé de partir sur du polycristallin. » Pour mener à bien ce projet ambitieux, Colas décide de bien s’entourer en allant voir les chercheurs de l’Institut National de l’Énergie Solaire (INES) pour leur proposer un projet commun. « L’idée, c’était de réussir à créer un module photovoltaïque sur lequel on pourrait rouler. C’est chose faite, puisque le brevet a été déposé à 50/50 avec l’INES. Depuis le lancement de Wattway, nous sommes énormément consultés pour partager la technologie au Japon, en Australie, aux États-Unis, etc. » Si de nombreux pays souhaitent faire des essais avec Wattway, l’intervenant sait que le potentiel du projet devient encore plus important quand il implique des nations présentant un fort besoin de construction d’infrastructures. « On estime qu’il faudra deux fois plus d’énergie qu’aujourd’hui en 2050 et que le monde nécessitera également près de 25 millions de kilomètres de route à créer, principalement en Afrique et en Asie (Inde, Chine). Il faut savoir que l’Afrique possède moins de routes hydrocarbonées que l’Île-de-France à l’heure actuelle ! »

Des questions à se poser
Enfin, Peter Rowan était également présent pour détailler les importants défis qui attendent les dirigeants du monde, qu’ils dirigent des États ou des entreprises. Directeur monde du Centre for Climate Resilience & Sustainability du cabinet Deloitte, ce spécialiste de la green economy et de la finance est formel : il est devenu plus que nécessaire de changer les choses. « Ce que la COP21 nous a fait réaliser, c’est que le monde change, le climat aussi, assurait-il. Une hausse de la température de 1 à 2 degrés va avoir un impact majeur sur nos vies, sur notre production de nourriture, d’énergie, etc. Imaginez que la température de votre corps augmente d’un degré : vous avez la fièvre. Si elle augmente de deux degrés, vous pouvez mourir. C’est ce qui peut arriver à notre planète et le business est pour le moment complice du changement climatique. Mon travail est de conseiller les gouvernements et les politiques locales pour inverser la tendance, leur montrer que malgré les coûts en jeu, cela peut être profitable. » Si plusieurs grandes entreprises ont déjà pris conscience de ce besoin de changement – « la Société Générale, AXA, voire même Lego qui a décidé de produire ses briques en recyclant » -, Peter Rowan est persuadé que le combat ne fait que commencer. « De nombreuses questions essentielles restent à poser. Doit-on utiliser l’eau en priorité pour l’agriculture intensive, les usines thermiques ou pour que les gens puissent la boire ? D’où viennent vos matières premières ? Quelle est votre empreinte énergétique ? Doit-on commercer avec tels pays pollueurs ? Les habitudes changent et l’économie peut aussi changer à condition que les gens voient les opportunités. D’ailleurs, 15 % de ces changements seront directement financées par les États et les contribuables. Vous et les générations futures feront changer le monde, apporteront des nouvelles idées. À l’avenir, les futurs entrepreneurs qui ne pensent pas « développement durable » ne pourront pas obtenir d’investissements. Le fait que la COP21 ait déjà réussi à réunir autant de pays et que la Chine ait commencé à changer les choses démontre que la transformation est en marche.»

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  • Catégorie : ActualitéIonis-STM
  • Postée le 08/04/2016
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