Former la nouvelle intelligence
des entreprises

« Monter une entreprise, ce n’est pas un sprint, mais un marathon »

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Après la conférence inspirante du créateur de LuluFrenchie et Lunettes Pour Tous, Ionis-STM concluait son mois de novembre consacré à l’entrepreneuriat avec un autre Rendez-vous de la double compétence passionnant et tourné vers l’univers des start-ups. Pour ce faire, l’école invitait trois acteurs français de cet écosystème faisant rimer innovation et motivation : Guillaume Bardèche, directeur de IONIS 361, l’incubateur de start-ups du Groupe IONIS, Maxime Pico, directeur général de l’accélérateur Startup42 by EPITA, mais surtout Arthur Querou, serial entrepreneur de 24 ans à l’origine du succès de Motion Lead.

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Valérie Pham-Trong, directrice de Ionis-STM, aux côtés de Maxime Pico, Arthur Querou et Guillaume Bardèche

Pour Arthur Querou, tout commence à l’âge de 15 ans. L’adolescent est alors dans une « période très geek » où les jeux vidéo – et en particulier Counter Strike – occupent une part importante dans sa vie. Pour le forcer à ne pas négliger l’école, ses parents arrêtent de lui acheter des jeux. Un mal pour un bien car cette action en apparence anodine va tout déclencher. Pour gagner de quoi alimenter sa passion, le jeune homme décide alors de « faire de l’argent sur le Net », en se lançant dans la création de site, en l’occurrence celui d’un « blog pour savoir comment faire des blogs ». Ce dernier devient vite une référence en la matière sur le web francophone et se fait racheter un an plus tard. Désormais âgé de 16 ans et fort d’une première expérience positive, Arthur poursuit son exploration monétaire de l’Internet en explorant cette fois-ci une facette moins glorieuse : celle du Spam. « J’avais 4 000 comptes Twitter qui postaient tant de messages au quotidien, uniquement sur Justin Bieber. Avant que Twitter ne s’en rende compte, cela générait pas moins de 500 euros par jour. J’ai aussi généré des pages sur Facebook rameutant assez vite plusieurs millions de fans. C’était une bonne source de revenus. »

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Arthur Querou

Des images humoristiques à la publicité mobile
Le bac en poche, le jeune entrepreneur poursuit dans l’informatique en rejoignant une école d’ingénieurs réputée : l’EPITA (« La seule qui m’a accepté pour mes compétences techniques »). Le nouvel étudiant s’y épanouit et s’investit énormément sur les projets, « tout en faisant un peu de consulting en référencement » en dehors des cours. Mais très vite, l’envie d’entreprendre refait surface. Avec Louis Bur, un camarade avec qui il a l’habitude de travailler sur différents projets de l’école, il fait le choix de monter une société destinée à créer des applications sur iPhone. La première sera la bonne. Nommée Meme Reader et permettant aux utilisateurs d’avoir accès facilement à toutes les images humoristiques issues du site 9Gag, cette appli va très rapidement trouver son public grâce à sa facilité d’utilisation et sa gratuité (les applications concurrentes étant alors payantes). En six mois, elle atteint les 300 000 utilisateurs quotidiens et affiche près de 15 millions de publicités chaque jour.

Toujours étudiants et désormais dotés d’une belle assise financière, Arthur et son associé ne s’arrêtent pas en si bon chemin et puisent l’idée de leur prochaine aventure dans celle de Meme Reader. « 99 % des pubs affichées sur notre application concernaient des jeux, mais pas de marques. On trouvait que c’était dommage. On a donc décidé de se positionner sur ce créneau avec notre nouvelle société, Motion Lead, pour assurer un contenu publicitaire préférentiel et ludique. » Désormais rejoint par Alexei Chemenda (un autre EPITéen de la promotion 2015), le duo devenu trio développe sa propre technologie et rejoint Startup42, l’accélérateur de start-ups numériques et innovantes soutenues par l’EPITA. Forts des conseils prodigués par les équipes de mentors de l’accélérateur, l’équipe de Motion Lead avance et peaufine son prototype jusqu’à être en position de le commercialiser et de trouver un premier client d’envergure. « Il s’agissait de Webedia, qui voulait lancer notre technologie pour leur appli Allociné, alors l’appli la plus utilisée en France. Le test était osé et, pour être honnête, on avait peur de la voir planter. Heureusement, ce ne fut pas le cas. »

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Le rêve américain

Dans la foulée, Motion Lead signe un autre client important, TF1, puis ose l’impensable : rejoindre Y Combinator, le plus respecté des incubateurs de start-ups au monde qui a vu notamment passer Airbnb et Dropbox. « On décide de postuler en sachant qu’ils n’avaient jamais pris de société française auparavant. Une semaine plus tard, on reçoit une invitation pour venir pitcher chez eux. On passe une semaine là-bas, aux États-Unis, et le dernier jour, on passe l’épreuve du pitch. Les 10 pires minutes de ma vie. En effet, le processus de sélection du Y Combinator est très violent : l’entretien se fait en anglais et les réponses doivent fuser et durer moins de 15 secondes. C’est du tac au tac, le tout devant un jury composé de professionnels reconnus, comme les créateurs de Yahoo Mail par exemple. » À l’issue du pitch, la nouvelle tombe : Motion Lead est reçue… à condition de s’installer sur le sol américain. « On accepte de vivre durant trois mois à la Silicon Valley. Sur place, comme il y a peu de médias, on noue plutôt des contacts avec les acteurs du gaming. Les journées étaient assez longues : on travaillait de 10 h à 20 h, puis de 22 h à 4 h pour poursuivre l’activité française. »

Une fois la période d’incubation au Y Combinator terminée, Motion Lead revient en France, même si l’un de ses trois membres reste aux États-Unis pour continuer le développement américain de la jeune structure. Tout s’accélère alors. « À notre retour, on signe tous les grands acteurs du marché français. En janvier 2015, on se retrouve alors face à un « gap » : pour progresser, il fallait soit accepter une offre de rachat – on en recevait une par mois, principalement formulée par attrait pour notre techno propriétaire –, soit effectuer une levée de fonds, soit se rapprocher d’un autre acteur du marché. » La tête sur les épaules, le trio préfère éclipser certaines offres conséquentes proposées par de grosses entités pour accepter celle d’une structure plus modeste, Adikteev. « C’est elle que nous avons choisie car Adikteev nous proposait de les rejoindre et partager notre vision à long terme. Surtout, cela nous permettait de rester maîtres de notre produit, de son développement, afin de poursuivre notre aventure. » Le rapprochement se fait en mai 2015. Adikteev, qui était au départ une société axée sur la publicité sur PC, se voit ainsi doter d’une Business Unit mobile sous les traits de Motion Lead. Arthur et ses associés continue d’y officier. En tant que Chief Mobile Officer, il a contribué à la montée en puissance de ce « champion disruptif », doublant ainsi son nombre de salariés en un 1 an et demi.

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Éloigner ses amis et choisir le bon capitaine
S’il n’existe aucune formule magique garantissant le succès des entrepreneurs, le parcours d’Arthur Querou est pourtant une bonne indication sur les qualités que ces derniers doivent posséder pour influer un maximum sur leur destin. Pour Maxime Pico, qui a vu Motion Lead grandir au sein de Startup42, il convient d’abord de savoir s’entourer de gens compétents dans différents domaines. « Le but de notre accélérateur est de créer de bons entrepreneurs, pas seulement de bons techniciens. Ceux qui viennent chez nous viennent pour acquérir des connaissances, se challenger semaines après semaines, se dépasser, mais surtout rencontrer des profils différents des leurs. On leur présente des entrepreneurs affirmés, pour qu’ils puissent discuter, de l’échec, des réussites, et les mettons en relation avec des experts, avocats, designers, etc. » Un avis que partage Guillaume Bardèche. « Un bon projet d’entrepreneur, c’est d’abord un bon projet d’équipe. D’ailleurs, la création d’un incubateur multi-écoles comme IONIS 361 repose sur ce principe : nous sommes là pour créer le lien entre tous les porteurs de compétences appartenant au réseau des étudiants et celui des Anciens du Groupe IONIS où se mêlent des profils issus d’écoles technologiques, de design, d’ingénieurs, de commerce, etc. »

Si Arthur est d’accord avec ce premier conseil, il tient également à apporter une précision très importante à ses yeux. « Ne gâchez pas vos amitiés ! Ne montez pas votre start-up avec vos amis, mais avec des gens avec qui vous êtes à l’aise pour travailler. Surtout, communiquez avec vos associés car vous serez comme un vieux couple. Et dès le départ, prévoyez le pire ensemble : la mort de l’un, la trahison, etc. Protégez-vous des autres et de vous-même. Enfin, ne vous marchez pas sur les pieds ! Il faut que chacun ait son rôle, sa mission, qu’il soit maître sur son sujet. Et il ne doit y avoir qu’un seul capitaine sur le bateau. Tenir la barre à deux ne fonctionne pas. »

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Maxime Pico

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Guillaume Bardèche

Refuser les refus
Pour Guillaume Bardèche, d’autres qualités sont également précieuses. « Les entrepreneurs que nous croisons ont, comme Arthur, le sens de l’écoute, de l’audace, une capacité à aller à fond et savent se remettre en question pour avancer. » Idem pour Maxime Pico qui, pour le coup, rajoute aussi « l’empathie, pour cerner un problème, comprendre ses clients, ses utilisateurs. » Enfin, pour le CMO de Motion Lead, il convient surtout de prendre conscience des sacrifices et des efforts parsemant le chemin qui attend chaque créateur de start-up. « Intrinsèquement, la chance n’existe pas, mais on peut tout de même la provoquer. Pour cela, il faut être fort mentalement, ne jamais accepter le « non » ni s’arrêter au moindre souci. Il faut continuer, insister, avoir le culot, le bagout, relancer sans cesse et oser. La persévérance et le travail finissent toujours par payer. Il suffit juste d’être patient, de ne pas se décourager. On dit que ceux qui échouent arrêtent juste avant que ça marche : c’est très souvent vrai. »

La gestion du stress et de son environnement est d’ailleurs une composante essentielle du métier de startuper. « Tout le monde ne peut pas devenir entrepreneur… et c’est normal, lance Arthur Querou. Ce sont des gens à moitié fous, à moitié masochistes, qui relèvent un pari où le potentiel de réussite reste très faible. Être entrepreneur, c’est aimer se confronter à la difficulté, vivre une obsession. Quand on travaille à temps plein durant trois mois sur une vente à huit chiffres et que celle-ci tombe soudainement à l’eau, repartir est très dur. D’ailleurs, on ne peut pas être à 100 % tout le temps. Pour ma part, je considère plus un entrepreneur qui va travailler de 9 h à 20 h cinq jours sur sept, qu’un type se vantant de bosser jusqu’à minuit, même le week-end. Monter une entreprise, ce n’est pas un sprint, mais un marathon. C’est aussi une hygiène de vie à avoir, un équilibre. Il faut se dire qu’on sera amené à moins sortir. En ce qui me concerne, cela fait huit ans que je suis avec ma compagne. Mon couple me permet aussi de tenir. »

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  • Catégorie : Ionis-STM
  • Postée le 05/12/2016
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