Former la nouvelle intelligence
des entreprises

Le CES 2019 par Olivier Ezratty

Ce lundi 28 janvier, en marge de la publication de son toujours très attendu rapport-bilan du Consumer Electronics Show (CES) 2019 de Las Vegas, Olivier Ezratty était l’invité d’une grande conférence organisée par l’EPITA et Epitech à Paris. L’occasion pour les futurs ingénieurs et experts en informatique d’assister à un débriefing inédit de ce que le consultant appelle « le paradis du fact-checking de la technologie » et ainsi découvrir les dernières grandes tendances de l’innovation.



Apparition de nouveaux matériaux et composants électroniques, lancement de services et produits inédits, présentations de projets aussi excitants que parfois déroutants… Le CES de Las Vegas est l’endroit où il faut être quand on veut prendre le pouls de l’innovation mondiale et de l’avancée des dernières technologies. Forcément, une manifestation d’une telle ampleur (une surface de plus de 250 000 m² rassemblant plus de 4 400 exposants) ne peut être facilement résumable : « Chacun a ses biais cognitifs, note ainsi Olivier Ezratty en préambule, expliquant de ce fait pourquoi l’on peut autant le considérer comme un salon de l’auto que comme un événement dédié à la santé du futur, à la cybersécurité ou aux écrans. Pour certains, le CES 2019 a pu être l’édition de la De-Appification, soit un phénomène lié à la prolifération des agents vocaux qui gomment un peu la notion d’application. Les frontières deviennent de plus en plus tenues entres les différentes applis et c’est un vrai sujet pour les entreprises cherchant un moyen pour différencier leur marque. D’autres encore ont pu voir cette année comme étant celle de la guerre entre Amazon et Google, toujours autour des agents vocaux. En fait, le jugement tient toujours de votre propre centre d’intérêt. »



Le diable (de la high tech) est dans les détails

Pour autant, des dires de l’expert qui sillonnait là son 14e CES consécutif, les principales tendances en matière de produits, domaines et technologies restent dans l’ensemble assez similaires à celles de l’édition passée, comme l’Edge AI consistant à mettre de l’intelligence artificielle (AI) dans des objets, l’IA émotionnelle (symbolisée par la société française Datakalab qui, avec IBM, imagine analyser les réactions émotionnelles à la visite d’un site Web pour en optimiser le contenu), la réalité mixte, la blockchain, les voitures autonomes, la 5G ou encore l’évolution des laptops pour gamers (de plus en plus puissants grâce aux chipsets de Nvidia). « Ce qui change, c’est le détail : comment ces chapitres et technologies évoluent. L’an dernier par exemple, beaucoup de sociétés dévoilaient leur fabrication de nouveaux composants, des chipsets. Cette année, d’autres sociétés proposaient des solutions les intégrant. C’est l’évolution naturelle des startups. »

 

La France sur le podium

Avant d’explorer en compagnie des étudiants quelques sujets et concepts aperçus lors du CES, Olivier Ezratty choisit de s’attarder sur la place occupée par la France lors de l’événement. Une place qui, en matière de quantité d’exposants français, ne fait d’ailleurs qu’augmenter depuis une quinzaine d’année, avec un net regain de participation depuis 2014, date coïncidant avec la création du label La French Tech. Avec 437 entreprises en 2019 (elles n’étaient « que » 152 en 2015), soit 8 % du nombre total d’exposants, la France a fait figure cette année de troisième pays le plus représenté à Las Vegas, derrière la Chine (28 %) et les États-Unis (37 %). À titre de comparaison, elle présentait autant d’entreprises que l’ensemble des autres pays de l’Union Européenne. Une performance notable, mais à prendre avec des pincettes car plus de 80 % de ses entreprises étaient des startups (dans l’Eureka Park du CES, la France devançait même pour la première fois les Etats-Unis, avec 26 % de startups contre 25 %). Ce chiffre signifie que si la France a beau démontrer une appétence pour l’innovation (notamment en matière de santé et domotique, ses secteurs de prédilection au CES), elle possède malgré tout des difficultés à transformer ses jeunes structures en acteurs forts, contrairement à un pays comme la Corée du Sud, qui présente 60 % d’entreprises établies et 40 % de startups. Un constat corroboré par la disposition de l’espace Sands Level 2 du CES où se retrouvent les grandes entreprises et PME : 4 % seulement représentaient l’Hexagone.



Un son intelligent et l’arrivée de l’informatique quantique

Olivier Ezratty partage ensuite sur plusieurs observations menées lors de sa visite des nombreux stands du salon. On apprend alors que les agents-assistants vocaux ne sont pas près de disparaître, bien au contraire : la tendance voulant même que ces derniers s’associent à de plus en plus d’objets, des toilettes au piano, en passant par la machine à café ! On découvre aussi qu’une grosse innovation autour de l’IA se déroule actuellement dans l’audio, « dans le sens de la qualité du son, pour améliorer l’expérience auditive ». Deux exemples marquants de cette avancée : la récente sortie de la table de mixage Pioneer DDJ-SB3 et les smart TV de Samsung et LG, capable d’équilibrer le son selon le contenu. « Une optimalisation qui continuera encore dans les années à venir ».

Du côté de la blockchain, près d’une centaine d’entreprises multiplient les approches (intermédiation, traçabilité, infrastructure, sécurité…). La 5G aussi s’installe durablement dans le paysage des entreprises (les ventes de smartphone étant en baisse, les constructeurs voient l’arrivée de cette technologie comme un fort vecteur de renouvellement des achats). Quant à la cybersécurité, le marché est une nouvelle fois très dense et pour cause : si le nombre d’objets connectés augmente, les risques augmentent aussi. Ainsi, en plus de nouvelles offres (Scalys TrustBox, deScamer) pensées pour détecter les caméras dans les chambres d’hôtels comme les cyberattaques, plusieurs entreprises, petites et grandes (Panasonic, Harman…) s’intéressent quasi uniquement à la cybersécurité au niveau des voitures, autonomes, connectées ou non. Une sécurité qui devra probablement aussi bientôt s’attarder sur le cas de l’informatique quantique car, parmi les annonces très médiatiques de ce CES, celle d’IBM de prochainement lancer IBM Q System One, premier ordi quantique commercial sur le marché, n’est pas passée inaperçue. Certes, aucun prix ni aucune date de sortie n’ont été annoncés. Cependant, l’expert est formel : « Il faut s’intéresser dès aujourd’hui à l’informatique quantique car, peut-être que dans 5 ans, on aura besoin de développeurs capable de programmer en quantique ! Ce domaine est dans une situation un peu similaire à celle de l’IA d’il y a 15 ans : cela va émerger dans quelques années. »



Environnement et grosses cylindrées

Evidemment, le réchauffement climatique et la transition énergétique se sont également invités au CES cette année. Trois entreprises ont notamment tapé dans l’œil du consultant :  Watergen (société israélienne qui génère de l’eau avec de l’air humide), Heatworks (structure américaine qui chauffe de l’eau avec 40 % d’énergie de moins que les résistances actuelles en ionisant l’eau) et Impossible Foods (qui, pour réduire l’emprunte écologique liée à l’élevage intensif de bœufs, a créé une viande artificielle ayant le goût, le look et la texture du ce dernier grâce au soja).

Une question environnementale qui n’empêche pas les entreprises du monde entier de présenter également un grand nombre de véhicules, qu’ils soient autonomes, électriques, aériens, à deux ou quatre roues. Un de ces appareils a principalement retenu l’attention d’Olivier Ezratty : le Hyundai Cradle, un concept car capable de grimper, marcher et, bien sûr, rouler. Mais aux yeux de l’expert, le CES sert davantage à connaître l’état de l’art actuel en matière de technologies des véhicules qu’à choisir son futur bolide, en particulier pour le marché des véhicules autonomes.



Malgré les importantes avancées réalisées, ces derniers sont en effet encore compliqués à mettre au point. Logique quand on sait qu’il demande une amélioration de multiples compétences en matière de capacité des capteurs (sensor fusion, cybersécurité), de télécom (5G / via des standards comme le C-V2X ou l’ITS-G5), d’autonomie (batteries capables de tenir longtemps) ou encore d’expérience utilisateur (pour occuper les gens ou faciliter le changement de statut du conducteur). Un défi qui nécessite de nombreux partenariats car « aucun équipementier/constructeur ne maîtrise tous les éléments de l’échelle de valeur »… et qui a de quoi occuper plus d’un ingénieur ou développeur en informatique : « Une voiture autonome, c’est plusieurs centaines de millions de lignes de code ! »

Reste encore de multiples innovations à découvrir dans le rapport détaillé d’Olivier Ezratty, du téléphone-tablette pliable du constructeur chinois Royole, à la vidéo volumétrique (symbolisée par la collaboration entre Intel et Paramount pour un remake du film « Grease ») en passant par les écrans 8k, tout en gardant finalement une idée en tête : « On est dans un monde où la technologie précède le besoin ! »

Envie d’en savoir plus sur le CES 2019 ? Consultez dès maintenant le rapport d’Olivier Ezratty


  • Catégorie : ActualitéEPITAEpitech
  • Postée le 01/02/2019
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