Former la nouvelle intelligence
des entreprises

Les ingénieurs, ces nouveaux enquêteurs

Il n’y a pas que les entreprises qui doivent faire face à l’évolution des technologies et à l’explosion du numérique, les forces de l’ordre aussi. Pour parler de la place de l’ingénierie au service de la recherche criminelle, l’ESME Sudria Paris invitait le capitaine Laurence Laloubère, responsable de l’unité d’expertise « Traitement de l’information » de l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN), le jeudi 17 mars 2016.

retour_conference_Institut_Recherche_Criminelle_Gendarmerie_nationale_IRCGN_esme_sudria_paris_ingenierie_decouverte_technologies_mars_2016_01.jpgCréée en 1987, l’IRCGN mène chaque jour « des investigations dans l’ombre pour faire la lumière sur des histoires douloureuses, en apportant des preuves scientifiques, au service de la justice, dans le domaine du crime, des accidents, des catastrophes naturelles et des attentats », rappelle à juste titre Véronique Bonnet, directrice générale déléguée de l’ESME Sudria. Et bien que souvent décrite par les médias comme abritant « Les Experts » du Pôle Judiciaire de la Gendarmerie nationale (PJGN), le quotidien de l’IRCGN n’a pourtant rien à voir avec celui dépeint par la célèbre série télévisée qui « présente une version romancée, exagérée et inexacte des enquêtes réalisées, ce qui a pour conséquences des attentes très fortes des victimes et magistrats, pas forcément au fait du fonctionnement des procédures », estime Laurence Laloubère. Si, dans les œuvres de fictions, des enquêtes peuvent être terminées le jour-même grâce à des outils très simplifiés s’inspirant librement de la réalité, celles menées avec le soutien de l’IRCGN demandent plus de temps et font appel à plusieurs domaines de compétences technologiques. Big Data, électronique, informatique, machine learning, Raspberry Pi, traitement du signal… tels sont les « armes » et connaissances dont doivent disposer les membres de cette unité à l’importance capitale à l’heure où la criminalistique occupe une place de plus en plus grande dans l’enquête judiciaire.

retour_conference_Institut_Recherche_Criminelle_Gendarmerie_nationale_IRCGN_esme_sudria_paris_ingenierie_decouverte_technologies_mars_2016_02.jpg« Les profils d’ingénieurs nous intéressent au plus haut point »
« Depuis une vingtaine d’année, la place de la criminalistique numérique a progressé et est devenue incontournable, assure ainsi le capitaine Laloubère. Les profils d’ingénieurs nous intéressent au plus haut point de par leurs capacités à poser les problèmes et à apporter des solutions. » Mais pour bien comprendre le rôle de l’ingénierie dans les enquêtes actuelles, il faut d’abord avoir conscience des différentes étapes nécessaires à la recherche criminelle et se référer notamment au Principe d’échange de Locard : « Nul crime ne peut être commis sans que la violence de celui-ci ne laisse des traces de son auteur sur la victime et son environnement, et que l’environnement et la victime ne laisse des traces sur l’auteur du crime. » De ce fait, pour chaque crime commis, les enquêteurs doivent récolter plusieurs types de preuves : indicatives (traces d’hydrocarbures après un incendie), disculpantes (voir l’exemple de l’affaire Caroline Dickinson où un homme ayant passé aux aveux a été disculpé par la génétique) et corroboratives (réunion de faisceaux d’indices permettant au juge d’avoir une conviction). Autant dire que la Police Technique et Scientifique de la Gendarmerie nationale doit être capable de récolter, de protéger et d’analyser un certain nombre d’éléments, y compris ceux directement liés aux nouvelles technologies que les criminels n’hésitent pas à s’approprier. « En criminalistique, on part toujours du plus étendu pour arriver au plus particulier, note Laurence Laloubère. Ainsi, entre 100 et 200 éléments sont prélevés sur une scène de crime. Ces éléments peuvent aussi concerner le numérique. C’est ce qu’on nomme alors le computer forensic, soit l’ensemble des connaissances et méthodes pour conserver, collecter et analyser des preuves issues des supports numériques en vue de les produire dans les cas d’une action en justice. »

Des divisions adaptées pour multiplier les résultats probants
Tout personnel de l’IRCGN peut être en mesure d’intervenir sur des scènes de crimes plus ou moins graves (attentats, catastrophes). Pour autant, les membres de l’Institut appartiennent à différentes divisions, dont plusieurs divisions criminalistiques, elles-mêmes divisées en 12 départements. On y trouve notamment la division criminalistique Physique et Chimie, qui s’occupe entre autres des analyses balistiques (pour faire parler les armes), des microanalyses (résidus, traces chimiques ou naturelles, etc.) et de la toxicologie (stupéfiants, substances médicales, etc.). Il y a ensuite la division criminalistique Identification Humaine (biologie, empreintes digitales, flore & faune forensic – soit l’analyses des insectes nécrophages pour déterminer l’heure exacte de la mort ainsi que du pollen présent sur le corps pour définir l’environnement du décès, etc.). Enfin, l’IRCGN abrite aussi la division criminalistique Ingénierie-Numérique. Au sein de celle-ci, on peut retrouver quatre départements, tous associés à des compétences bien distinctes. Il y a le département Signal Image Parole (capable par exemple d’éliminer les parasites en rendant une vidéo plus nette ou de déceler des traces de manipulations sur un enregistrement), le département Documents (habilité notamment à authentifier les papiers d’identité, billets de banque, chèques, actes juridiques, titres financiers, etc.), le département Véhicules (travaillant entre autres sur les débris de pièces, traces de pneus et éclats de peinture, ainsi que sur les diagnostics mécaniques et les reconstitutions d’accidents) et le département Informatique Electronique (DIE) dont fait partie le capitaine Laloubère.

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Créé en 1992, le DIE possède de nombreuses unités se devant d’être en veille par rapport à l’intégration des nouvelles technologies dans les réseaux criminels. Une de ses unités est capable d’extraire des données de l’ensemble des supports numériques existants, ce qui peut parfois supposer le nettoyage de supports souillés, la réparation de supports endommagés ou la restructuration de fichiers complexes, le tout allant du simple disque dur au téléphone GSM, en passant par les skimmers utilisés dans le cas de fraude bancaire. Ces derniers ont d’ailleurs poussé les membres du DIE à créer GendCard, un logiciel d’analyse de carte de paiement. Au sein de l’unité de Traitement de l’information dont est responsable Laurence Laloubère, on travaille sur une foultitude de cas (homicides, viols, pédopornographie, terrorisme, trafics) avec plusieurs missions : l’interprétation des traces Internet, récupération des fichiers effacés, l’accès aux documents protégés par mot de passe, l’accès aux terminaux mobiles, etc. Un travail de titan quand on sait qu’aujourd’hui un disque dur représente quelques 500 000 fichiers en moyenne, qu’une capacité de stockage tend aujourd’hui à atteindre les 6 téraoctets (contre 300 mégaoctets à la fin des années), qu’un fichier peut aussi bien être une image qu’un document de plus de 200 pages ou qu’un utilisateur représente à lui-seul au minimum 3 giga-octets rien qu’en emails. Autant de défis passionnants que pourront relever les ingénieurs de demain.

  • Catégorie : ActualitéESME Sudria
  • Postée le 29/03/2016
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