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« Il faut que l’on devienne un peuple d’acteurs »

Alexandre Jardin multiplie les casquettes mais il n’a, au fond, qu’un seul but : réparer les fractures d’une France en péril. Écrivain et auteur de plus de quarante livres, il a récemment signé l’un de ses ouvrages les plus chargés de sens : « Laissez-nous faire ! On a déjà commencé ». Sorti en avril 2015, ce livre a lancé le mouvement Bleu Blanc Zèbre qui aide les citoyens à prendre le contrôle de leur vie en encourageant le développement d’une société civile adulte et solidaire, déterminée à devenir son propre recours face au discrédit des partis politiques. BBZ se veut un do-tank et non pas un think-tank. Alexandre Jardin oppose les « Faizeux », ceux qui font déjà et apportent des solutions concrètes pour réparer la société, aux « Dizeux », ceux qui se contentent de promettre. Il nous livre sa vision d’un pays en mutation où femmes et hommes, jeunes et moins jeunes doivent agir dès aujourd’hui.

Cet entretien est extrait du 32e numéro de IONIS Mag dans lequel se retrouve un dossier sur les pédagogies novatrices des écoles du Groupe IONIS, un focus sur IONIS 361, le premier incubateur national multi-écoles, ou encore notre traditionnel quiz de l’été qui vous permettra de savoir si vous êtes dans l’ère du temps – ceci n’est pas une faute.

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Écrivain, réalisateur, militant civique… Les étiquettes attachées à votre nom sont multiples. Qui êtes-vous vraiment ?
Je suis passionné de création, quelle que soit la forme. Création associative, entrepreneuriale, littéraire ou politique, peu importe. Je suis très ému par les gens qui inventent. La France libre* est une invention extraordinaire dans un contexte où il fallait bien inventer quelque chose. Je ne pense pas qu’il y ait plus de créateurs parmi les gens qui écrivent des romans que parmi les enseignants. Il y a des gens qui inventent leurs cours, qui sont dans cette attitude, et d’autres qui le sont moins.

Nous avons aujourd’hui besoin de réinventer une « France libre » ?
Je prends cet exemple parce que cette époque de la Résistance est la dernière fois que l’on s’est conduit à peu près bien de manière collective, quelles qu’aient été nos étiquettes. Ce qui m’intéresse dans les mouvements citoyens, même si l’on n’employait pas ce terme à l’époque, c’est que les êtres humains se prennent eux-mêmes comme point d’appui sans rien attendre d’en haut. Nous sommes dans un contexte évidemment différent, mais il va bien falloir que des gens se reprennent eux-mêmes comme point d’appui pour refabriquer un pays complètement bloqué en haut. Ça arrive de temps en temps et c’est maintenant !

Vous vous définissez donc comme un inventeur ?
Je suis plutôt un amoureux de l’invention.

Tous les Zèbres sont-ils des amoureux de l’invention ?
Tous. Ce sont des gens qui raisonnent en dehors du cadre, c’est pour cela qu’on les appelle « des drôles de Zèbres ». Une fois que le cadre ne fonctionne plus, comment fait-on ? On raisonne en dehors du cadre pour guérir les grandes fractures du pays. Les Zèbres sont tous des gens qui trouvent des solutions décadrées, comme, par exemple, Compte-Nickel.fr. Vous avez en France deux millions et demi d’interdits bancaires et à peu près autant de gens loin des banques ou qui n’ont pas de compte pour un tas de raisons. Si vous raisonnez dans le cadre, vous courez au parlement pour faire voter une loi qui va créer des obligations pour le secteur bancaire. Or, ces lois ont été votées ! Il reste pourtant des millions de personnes débancarisées. Cette réponse législative n’a servi à peu près à rien. Si l’on croit encore que le réel va être modifié par du texte, on aboutit à cinq ou six millions de personnes interdites bancaires. Les entrepreneurs qui ont construit Compte-Nickel.fr ont raisonné en dehors du cadre : ils ont installé des bornes chez les buralistes, là où le peuple va pour acheter des timbres, des cigarettes et des chewing-gums. Les gens paient 20 euros pour scanner leur pièce d’identité, ouvrir un compte en banque en cinq minutes sans qu’on leur pose de questions humiliantes et ils repartent avec un RIB et une carte de paiement imprimés par la machine. Plus de 210 000 comptes ont été ouverts. Ces inventeurs réparent une fracture française plus efficacement qu’une loi votée au parlement. Pour moi, un Zèbre c’est ça. C’est quelqu’un qui n’accepte pas la fatalité et qui joue avec d’autres cartes que celles du jeu habituel.

Et qui apporte des solutions, fondamentalement ?
Oui, des solutions qui guérissent le pays. Mais il ne faut pas qu’elles restent à l’état de projet. Il faut qu’elles deviennent effectives et obtiennent des résultats. Il faut que l’on sorte de la politique du marché de la promesse. Jusqu’à présent, lors des élections, nous rassemblions des gens qui arrivaient avec un programme et qui disaient : « Si je suis élu, je ferai. » Je préfère que l’on rassemble des gens qui font déjà, dans un contexte où la parole politique n’a plus aucune valeur. Il faut à tout prix ramener au centre du débat politique français des gens crédibles qui font déjà.

Sommes-nous tous des Zèbres qui s’ignorent ?
Dieu merci, oui ! Il y a des Zèbres partout, dans toutes les régions. Dans toutes les professions, vous avez une fille ou un type planqué-e dans un bosquet qui s’est mis à modéliser quelque chose de plus ou moins grande taille. Parce que nous sommes un très grand peuple. Nous sommes incroyablement créatifs. Partout vous avez des gens qui trouvent des solutions au problème du mal-logement, à l’échec scolaire, au chômage des jeunes… Il existe des élus locaux extrêmement créatifs qui, dans le système politique traditionnel, ne remontent jamais vers Paris. Je vais même plus loin : vous pouvez vivre des réussites locales extraordinaires et ne jamais vous retrouver au gouvernement. Les gens dont on connaît objectivement les compétences et les résultats passent à la trappe. La gestion du pays est hallucinante.

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Justement, vous dites aussi : « Si le problème, c’est nous, la solution, c’est nous. » Vous pensez qu’au lieu de s’adresser aux élites politiques, les citoyens devraient d’abord travailler sur et pour eux-mêmes ?
Il faut que chacun fasse sa part, oui. Notre volonté avec le mouvement « Bleu Blanc Zèbre » est très clairement de réorganiser le pays. Peu importent les modalités. Les partis pensent qu’il n’y a que la voie institutionnelle. Nous, nous pensons que la voix de l’action est première. Si en chemin il faut attraper des institutions, on les attrapera. Mais ce n’est pas la priorité. Frédéric Mazzella, le créateur de Blablacar, a infiniment plus impacté le quotidien des Français que je ne sais quel ministre des Transports dont on a oublié le nom. Les Faizeux ont un pouvoir d’action phénoménal. Si on ligue et organise leur coopération, on peut réaliser des choses de très grande ampleur. Le changement dans un pays n’est pas quelque chose qui se décrète un jour, c’est un processus. Un être humain change quand il enclenche le changement. C’est pareil pour la société.

La révolution numérique et l’émergence de l’économie sociale et solidaire sont-elles le point de départ de ce processus ?
Le sens de l’histoire va vers des sociétés à fonctionnement horizontal et collaboratif. Les premières nations qui vont se structurer autour de cette logique-là seront au premier rang mondial. Les États ont été construits de manière verticale, pour des raisons historiques. Les États qui sont moins verticaux, comme les États très fédéraux ou décentralisés, ont déjà une longueur d’avance. Avec Bleu Blanc Zèbre, nous souhaitons prendre le train à grande vitesse et rattraper le peloton de tête. À terme, nous contribuerons à fabriquer un État qui va changer de métier : il faut faire de l’État une structure de soutien à ce qui marche. Actuellement, un ministre arrive le matin, gare sa voiture, entre dans son bureau et se demande quelle politique il va mener. Quand nous aurons fait notre boulot, le ministre arrivera le matin en se disant : « J’aide qui ? » Ce n’est pas le même boulot. Une société collaborative est une société composée de citoyens acteurs.

 

« À partir du moment où un enfant devient lecteur, il est vacciné contre l’échec scolaire »

 

Quels sont les obstacles au changement ?
Vous avez globalement une technostructure française et des dirigeants de corps intermédiaires qui leur ressemblent diablement, qui ont pris leurs mœurs, leur façon d’être, leurs réflexes quasi administratifs. Tous ces gens-là vont évidemment tenter de bloquer cette révolution. Mais il se trouve que le politique au niveau local est avec la société agissante. Quand vous discutez avec un président de région ou un maire, vous parlez avec quelqu’un qui a des problèmes tellement concrets sur les bras qu’il se sent abandonné par le pouvoir central. Actuellement, personne n’est plus en révolte contre l’État central qu’un maire. Si la société civile fait alliance avec ces élus locaux, nous serons inarrêtables.

La Web@cademie, une entité du Groupe IONIS, fait partie de vos Zèbres. En quoi son action est-elle importante ?
Il faut bien rendre employables des jeunes qui n’ont pas de diplôme ! Cette initiative s’adresse à ces jeunes-là. En outre, elle les oriente vers des marchés où il y a une très forte demande et où l’on peut gagner très correctement sa vie. La Web@cademie est un outil de promotion sociale incroyablement efficace. C’est juste qu’il fallait le faire ! Tout part de deux personnes qui se serrent la main. Le profil de ceux qui font et celui des gens qui râlent devant leur TV n’ont absolument rien à voir.

« En France, tout commence toujours par des livres. » C’est justement avec l’idée d’une révolution par la lecture que vous avez lancé l’association « Lire et faire lire » ?
C’est aussi parce qu’il y a 20 % d’enfants qui ne maîtrisent pas l’écrit à l’entrée au collège. Il faut redonner envie de lire. Comment fait-on ? C’est très simple : il faut embarquer les anciens dans les écoles maternelles et primaires pour qu’ils transmettent le plaisir de la lecture. Il faut refaire une alliance entre les anciens et les petits autour des albums Jeunesse – qui sont jouissifs en ce moment – en organisant leur venue de manière assez simple dans les établissements. C’est ce que fait l’association « Lire et faire lire » dans l’ensemble des départements français, avec ses 18 600 bénévoles. Nous nous adressons à 650 000 enfants chaque année. L’idée n’est pas de moi, elle vient d’autres Faizeux qui organisaient ça à Brest. Je suis tombé dessus en 1999 lors d’un passage en Bretagne et je me suis dit que toute la France devait fonctionner ainsi. Pour projeter ça sur le territoire, nous sommes allés voir la Ligue de l’enseignement et l’Union nationale des associations familiales (Unaf), nous les avons fédérées, nous avons associé leurs réseaux, c’est-à-dire que nous avons marié la carpe et le lapin. Nous avons démontré que l’action permettait de fédérer des gens très différents. Quand l’action a un sens supérieur, les gens sont prêts à s’assoir sur leurs différences. L’action permet de réaliser ce que les partis ne parviennent pas à faire : l’unité d’un pays.

Nous envoyons des bénévoles dans les classes dès la maternelle, dès la moyenne section. Il faut les attraper tout petits ! Un enfant n’aime pas forcément les livres, mais un enfant aime les histoires. On les attrape par les histoires et, à partir d’un moment, ils finissent par comprendre que les histoires sont dans les livres ! À partir du moment où un enfant devient lecteur, il est vacciné contre l’échec scolaire. Il ne fera pas partie des 20 % d’enfants promis à l’humiliation au collège. L’enjeu du plaisir de la lecture chez les plus jeunes est en enjeu politique.

Comment améliorer la pédagogie et l’enseignement en France ?
Tous les appareils verticaux sont des « appareils de dingues ». À partir du moment où le ministère de l’Éducation nationale a encore la prétention d’ordonner ce qu’on doit faire dans une salle de classe de Dunkerque à Nice, d’une, ça n’a jamais lieu, et de deux, ça veut dire que l’on passe à côté de la créativité des praticiens. Ce ministère représente, de manière caricaturale, le dysfonctionnement français : les techniciens prennent le pas sur les praticiens. C’est totalement cinglé. Enseigner est une pratique. Je suis de plus en plus frappé de voir localement des réussites menées par des gens qui font des choses alors que, sur le papier, elles ne me convainquent pas. Parce qu’ils y croient ! Il suffit qu’une personne soit absolument persuadée de sa démarche pour que, bizarrement, quelque chose de positif ait lieu. C’est pour ça que je me méfie beaucoup des débats généraux en matière de pédagogie. Le pays fonctionnera infiniment mieux si les praticiens reprennent la main.

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Le système pédagogique idéal reposerait donc sur la confiance donnée à ceux qui font déjà ?
Il faut faire confiance à celle ou celui qui est en face. Il faut faire confiance à la créativité et aux résultats déjà obtenus. Quand une équipe pédagogique, dans un quartier difficile, met en place un certain nombre de pratiques innovantes ou tente des choses et que l’on voit que ça marche, c’est bien la preuve qu’une part de vérité s’exprime dans cet établissement. Beaucoup plus que dans une commission nationale. Et si l’on veut faire de la diffusion, on ne peut pas à nouveau passer par une structure verticale. Il faut avant tout faire coopérer les gens. Tant que l’État ne sera pas une structure de soutien de ce qui marche, tant qu’on ne pariera pas sur l’intelligence immense des gens, on fera semblant.

C’est une vision très positive de l’humain ?
Et de la France aussi. Ce n’est pas rien la France. C’est un vieux peuple incroyablement fertile. Je suis stupéfait en ce moment : je vais à droite, à gauche, et je rencontre beaucoup de patrons de Maisons de l’emploi**. Et c’est hallucinant de voir à quel point ce système est créatif. Ainsi, le directeur de celle de Strasbourg me décrivait l’autre jour tout ce qu’il a mis en place, à cheval sur la France et l’Allemagne et, notamment, un système qui permet d’envoyer beaucoup de jeunes Français vers des formations professionalisantes de l’autre côté de la frontière. C’est une initiative évidemment liée à son bassin de vie et d’emploi, mais qu’est-ce qui empêche de faire connaître ses méthodes à toutes les Maisons de l’emploi des zones frontalières ? Rien, si ce n’est que, pour l’instant, ce n’est pas le métier de la structure centrale. Nous ne réussirons à convaincre le pays qu’il faut passer à ce mode de fonctionnement que si nous agissons concrètement, en démarrant immédiatement une révolution positive. Est-ce que le grand changement aura lieu par des politiques régionales ? Ou par des accords avec des partis ? Est-ce qu’il faudra s’emparer de l’Élysée ? Je n’en sais rien. On verra. Commençons déjà par faire ce qu’on doit faire.

Il n’arrive jamais ce qui est prévu. Dans un monde prodigieusement incertain, il faut refaire une force civile ayant du crédit moral. Parce qu’au moment où la tempête va se lever, il faudra qu’il y ait dans les pays des gens qui ont confiance les uns dans les autres et qui soient respectés grâce aux résultats qu’ils ont déjà obtenus. C’est très important. Il faut que l’on devienne un peuple d’acteurs, quel que soit l’âge. C’est une manière d’être et ça n’a rien à voir avec les années.

Que dire à ceux qui n’ont encore rien fait mais qui s’apprêtent à faire ?
Agissez-vous-même ! Si quelque chose ne vous convient pas, fabriquez la solution. Prenons l’exemple de l’association Coexister : ce sont des jeunes – le fondateur a 23 ans et a lancé l’association en 2009 – qui ont décidé de faire avancer la coexistence dans les quartiers où il y a parfois des problèmes entre les communautés. Ils ont mis en place des campagnes autour de pratiques très simples. L’une d’elles s’appelle « Sang% » : ils installent des camions en bas des tours et vont frapper à toutes les portes pour que les gens aillent donner leur sang. C’est très fort symboliquement, en plus d’être très utile, parce qu’on a évidemment besoin d’avoir des poches de sang dans les hôpitaux. Cette association a un mode d’action très concret. Elle est présente dans trente villes de France et son objectif est d’être dans toutes les villes de plus de 100 000 habitants. Ces jeunes de Coexister, ils n’ont rien demandé à personne, ils se sont simplement pris en main ! Il faut juste se poser la question : est-ce que je me bouge ou non ?

 

« Si quelque chose ne vous convient pas, fabriquez la solution »

 

« Le redressement français passera par les actions concrètes d’un peuple providentiel et non par l’attente d’un homme providentiel », dites-vous. Pourquoi l’être humain, par nature, cherche-t-il toujours un guide ?
C’est notre part de lâcheté à tous, parce qu’on ne veut pas faire notre part. Mais à un moment, il faut quand même s’y coller. L’homme providentiel, c’est une vision magique, puérile et infantile, surtout dans une société qui est vouée à adopter une logique collaborative et horizontale. Les sociétés qui étaient beaucoup plus simples pouvaient être gouvernées de manière verticale. En 1882, quand un ministre de l’Instruction publique levait un sourcil, le corps enseignant dans son ensemble obéissait, parce que la société obéissait. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Prenez l’exemple de la suppression de l’accent circonflexe : vous pensez que cela va être suivi d’effet ? Non, cela va juste créer une distinction entre les pauvres et les riches. Il y aura une orthographe pour les élites et une orthographe pour les pauvres – si par malheur c’était suivi d’effet. Ça va devenir un signe distinctif social. Moi, écrivain français, est-ce que je vais accepter de supprimer mes accents circonflexes ? Bien sûr que non. C’est un exemple typique de réforme faite par des gens qui pensent de manière verticale. La réalité, c’est qu’un langage évolue de manière organique, pas par une décision gouvernementale. Nous allons vivre une grande époque si nous nous bougeons avant que tout ne craque. Et si nous ne le faisons pas, quelque chose va s’effondrer.

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Vous avez publié « Chaque femme est un roman », une série de portraits de femmes. Aujourd’hui, vous participez à la « manifestation permanente » #JamaisSansElles qui milite contre les colloques ou réunions uniquement masculins. Être féministe aujourd’hui, c’est le devoir de chacun-e ?
Oui, car c’est la seule manière de fabriquer une société joyeuse. Les sociétés machistes sont assez tristes ! Je raisonne un peu par minimum : les grands objectifs des mouvements que nous sommes en train de fédérer sont de rétablir des minimums. Le minimum, c’est quand même qu’il y ait autant de femmes que d’hommes pour diriger une société développée ! Ce n’est pas un gros débat ! C’est le minimum, comme l’est aussi le fait que nos enfants sachent lire quand ils rentrent en sixième, que nos tribunaux rendent des verdicts en moins d’un an… Si l’on veut refaire tourner joyeusement notre société, il va falloir que l’on rétablisse des minimums. C’est parce que tous les minimums ne fonctionnent plus que le pays est en panne. Les combats féministes ne devraient même pas être un sujet.

Il y a de vrais problèmes de mixité dans certains domaines, notamment dans le numérique, les sciences et l’ingénierie. Comment pousser davantage de jeunes filles à intégrer ces secteurs où elles sont sous-représentées ?
Il faut le faire tout de suite. Il faut s’impliquer dans les collèges, intervenir dès la classe de troisième, trouver des stages dans les secteurs majoritairement masculins et les proposer aux jeunes filles. Il faut y aller sciemment : « On ne prend que les filles ! » (rires) Et si ça déplaît à certains, tant mieux : ça fera un débat. Je préfère qu’il y ait un débat sur la question qu’un silence assourdissant. C’est également quelque chose que les étudiants et les étudiantes devraient prendre en charge en se déplacement dans les établissements.

Cette responsabilité d’agir est-elle plus importante chez les étudiant-e-s ?
C’est dans leur intérêt d’être les moteurs de la société, ils ont leur vie à faire ! Attendre que les adultes en place bougent les choses me paraît dangereux. À leur place, je n’attendrais pas. Tout le monde doit faire sa part.

*La « France libre » est l’organisation de résistance extérieure fondée à Londres par le général de Gaulle à la suite de son appel du 18 juin 1940.
** Organismes locaux, portés par les territoires et inventés par Jean-Louis Borloo, qui visent à favoriser la création d’emploi en aidant les entreprises dans leurs projets et à favoriser le retour au travail des demandeurs d’emploi.

 


 

 

Alexandre Jardin est un drôle de zèbre : écrivain, cinéaste et pamphlétaire, il publie son premier roman « Bille en tête » à 21 ans, en 1986, après avoir obtenu un diplôme en science politique qu’il prétend avoir déchiré. Il reçoit le Prix Femina en 1988 pour « Le Zèbre », adapté au cinéma en 1992. En 1999, il est à l’origine de la création de l’association « Lire et faire lire », avec le journaliste Pascal Guénée, puis de l’association « Mille Mots » pour laquelle des retraités bénévoles interviennent en prison. Il est également parrain de l’association « Unis-Cité » qui propose un service civil volontaire aux jeunes âgés entre 18 et 25 ans. Il publie en 2008 « Chaque femme est un roman », une série de portraits, puis « Des gens très bien » en 2011, un livre dans lequel il raconte le passé de son grand-père collaborateur, proche de Pierre Laval à Vichy. En 2015, il a lancé le mouvement citoyen collaboratif Bleu Blanc Zèbre (BBZ) qui vise à fédérer la société civile dans l’action concrète au bénéfice de la population.

 


 

  • Catégorie : Groupe IONIS
  • Postée le 02/05/2016
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